Méthodes numériques pour le transport et le couplage chimie-transport

Jocelyne Erhel (INRIA Rennes / IRISA), Michel Kern (INRIA Rocquencourt)

Nous présentons des travaux dans deux directions :

Le traitement des réactions de précipitation-dissolution

Les réactions de précipitation-dissolution sont des réactions à seuil qui n'ont lieu que si le produit de solubilité du solide vaut 1. Dans un système chimique comprenant plusieurs minéraux, il n'est pas toujours facile de savoir a priori quelles réactions vont effectivement se produire. La méthode usuelle implique une procédure combinatoire potentiellement à la fois coûteuse (on résout plusieurs fois un système non-linéaire) et hasardeuse (en théorie, la procédure peut cycler).
Nous proposons de reformuler le problème comme un problème de complémentarité non-linéaire, qui conduit à un système similaire aux équations KKT en optimisation avec contrainte. Il est alors naturel de tenter de résoudre ce dernier problème par une méthode de points intérieurs, après avoir relaxé la contrainte de complémentarité.
À chaque itération, la direction de Newton est modifiée pour assurer que les itérés restent « suffisamment » positifs, et le paramètre de relaxation tend vers 0. L'avantage de la méthode est de converger vers la solution du problème original sans avoir besoin de spécifier à priori quels sont les minéraux qui vont précipiter. L'inconvénient est que la taille du problème résolu augmente, et que les systèmes linéaires rencontrés peuvent devenir très mal conditionnés.

Méthodes globales pour le couplage

Le transport réactif en milieu poreux conduit, dans le cas de réactions à l'équilibre, à un système algébro-différentiel. Les méthodes, et les logiciels, pour résoudre ce type de problèmes, ont atteint un haut degré de maturité, et il est naturel de formuler le problème couplé (après discrétisation en espace) de façon à pouvoir utiliser l'un de ces logiciels.
En prenant comme inconnues principales du problème les concentrations des composants, nous obtenons une formulation qui évite d'avoir à résoudre l'équilibre chimique en chaque point, à chaque itération de Newton. Nous considérons d'abord le cas d'une chimie sans précipitation. Le coût principal d'une itération vient de la résolution d'un système linéaire dont la matrice est la jacobienne du système couplé, donc faisant intervenir toutes les concentrations en tous les points.
Pour nos premières investigations, nous avons considéré le transport en une dimension,  et il est possible de calculer et de stocker cette matrice.
Une mise en oeuvre en Matlab montre, à condition de prendre soin d'utiliser des matrices creuses pour la partie algébrique, que la méthode est largement compétitive avec la technique de séparation d'opérateurs.
  L'étape suivante consiste à inclure les réactions de précipitation-dissolution et la méthode développée ci-dessus.