Une nouvelle méthode
d’assimilation
de données :
le
back and forth nudging.
Jacques BLUM,
Laboratoire
Jean-Alexandre Dieudonné (UMR 6621),
CNRS
et Université de Nice Sophia-Antipolis,
Parc
Valrose
06108
Nice Cedex 02
L'assimilation de
données consiste à réaliser une conjonction intelligente
d'informations diverses issues par exemple de simulations de modèles
numériques et d'observations de toute nature, afin notamment de
reconstruire de manière optimale l'état passé,
présent,
et le cas échéant, futur d'un système. En
géophysique, l'assimilation de données se ramène souvent
à identifier l'état initial du système dynamique à
partir d'observations.
L'algorithme
standard du nudging, encore appelé observateur de Luenberger
ou observateur
asymptotique, consiste à ajouter aux équations d'état du
système un terme de rappel, proportionnel entre les observations et la
quantité correspondante calculée par la résolution du
système des équations d'état. Le modèle
apparaît alors comme une contrainte faible et le terme de rappel force
les variables du modèle à coller avec les observations.
Utilisée d'abord en météorologie (Hoke-Anthes), la
méthode a été employée avec succès en
océanographie (Verron-Holland).
L'algorithme BFN du
nudging direct et rétrograde (back and forth nudging), introduit
récemment conjointement avec D. Auroux (Auroux-Blum) consiste à
résoudre d'abord l'équation directe avec le terme de
nudging, puis
en repartant de l'état final ainsi obtenu, à résoudre les
mêmes équations de façon rétrograde avec un terme de
rappel opposé à celui du nudging direct. On obtient ainsi
à la fin de la résolution rétrograde une première
estimation de l'état initial. Ce procédé est alors
répété de façon itérative jusqu'à la
convergence de l'état initial. Cet algorithme doit être
comparé au 4D-VAR (contrôle optimal), qui consiste aussi en une
succession de résolutions de systèmes direct et
rétrograde. Mais dans l'algorithme BFN (Back and Forth Nudging), il est
inutile de linéariser le modèle comme dans le 4D-VAR et le
système rétrograde n'est pas l'équation adjointe mais le
système des équations du modèle avec le terme de rappel
qui en fait un problème bien posé. La contrainte du calcul de
l'adjoint n'existe donc pas avec cette méthode.
Les premières
expériences numériques sur le système chaotique de Lorenz
ou sur l’équation de Burgers sont très encourageantes, le
nombre d'itérations assurant la convergence étant plus faible que
celui du 4D-VAR et surtout l'implémentation en est beaucoup plus facile.
Des études de sensibilité au bruit sur les observations ou
à des erreurs sur le modèle ont également
été réalisées. Cet algorithme consiste donc en une
approche beaucoup plus simple que le contrôle optimal et visant à
identifier l’état initial d’un système à
partir d’observations réparties en temps ou en
espace.
Références :
1) J. Hoke, R.A. Anthes : The initialization of numerical models by a dynamic initialization technique, Month. Weather Review, 104 (1976) 1551-1556
2) J. Verron, W.R. Holland : Impact de données d’altimétrie satellitaire sur les simulations numériques des circulations générales océaniques aux latitudes moyennes, Ann. Geophys. 7 (1989) 31-46
3) D. Auroux, J. Blum : Back and forth nudging algorithm for data assimilation problems, CRAS Paris Ser.1 340 (2005) 873-878